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France, l’atome a repris l’avantage sur le photon.

L’état centraliste français vient de montrer qu’il n’avait pas abandonné ses vieux réflexes. S’il a délaissé de nombreux sujets ou son pouvoir a disparu, il est un domaine ou il demeure interventionniste : l’énergie...


Alors que le grenelle 1 avait été la seule mesure consensuelle du gouvernement en place (tous les partis politiques, de majorité et d’opposition avaient adhéré à cette batterie de mesures spectaculaires qui validaient l’implication de tous devant un phénomène récent : la nécessité de changer de mode de fonctionnement pour préserver notre bonne vieille terre mise à mal par les conséquences de l’activité humaine ), les reculs successifs furent nombreux, depuis.

Le secteur photovoltaïque, dont le législateur a voulu l’essor, est alors né, grâce à des tarifs d’achat favorables. Le discours d’alors : «  Nous allons rattraper le retard pris sur nos voisins partis plus tôt sur cette voie, et initier une filière française, créatrice d’emploi. Ainsi, lorsque le marché du pv mondial sera établi, nous (français) aurons notre part…. »

Quatre ans après ces mesures favorables, relayées par une communication dithyrambique (le tarif le plus élevé au monde), et il est vrai des abus, permis par le manque de réactivité du gouvernement ( usufruit sur des bâtiments agricoles ou tertiaires, double intérêt des contribuables imposables sur la fortune, placements d’investisseurs pour des locations de toitures), le dernier soubresaut en date est tout autre. Il a été décidé unilatéralement de geler tous les projets en cours dont les demandes de raccordement n’avaient pas été signées au 2 décembre 2010.

Cette mesure, outre qu’elle valide du manque de constance et de conviction des représentants de l’état français, pose un problème de fond : pourquoi tuer le secteur dont on a voulu la réussite ?

A cela plusieurs raisons :

EDF et AREVA sont des entreprises d’état. S’opposer à la vision d’avenir (!) de la défense de l’EPR, ITER, etc…relève du crime de lèse majesté. Pour preuve de l’implication des gouvernants, M. Proglio qui a été nommé à la tête d’EDF par le président de la république (sans quitter, dans un premier temps son poste de PDG de Véolia) rêve de fusionner (!) AREVA et EDF. Pendant ce temps, le chef de cabinet de la ministre des finances, M. De Juniac s’est déclaré candidat pour le poste de Mme Lauvergeon, avant même que l’annonce de la non reconduction de la dirigeante soit faite…

L’énergie est estimée comme stratégique, bien que la guerre froide soit terminée…  La production du pv en France ne soit que le millième de la production d’électricité d’origine nucléaire, il était temps pour les défenseurs de la vieille école d’ériger une ligne Maginot.

La difficulté des projets en cours, pour le nucléaire de 3eme génération, avec ses lots de surcoût, sa concurrence (la France n’est pas la seule à proposer des centrales), et ses incertitudes quand au fait que cela soit le bon choix, ne sont certainement pas étrangères à cette réaction subite. Sans parler des coûts du démantèlement et de l’entretien des vieilles centrales (quid des risques environnementaux et humains ?).

Les priorités du début du quinquennat du président actuel ont fait long feu. Le ministère de l’écologie n’est plus un ministère d’état, l’énergie est revenu à l’industrie (M. Besson, dont le zèle dans ses fonctions précédentes laisse présumer de tristes perspectives en est le ministre), l’écologie est chapeautée par le ministère des finances.

M. Fillon a préservé sa fonction de premier ministre, avec plus de pouvoir (ce qui ne signifie pas qu’il en aie beaucoup), et certainement celui de détruire le travail de celui qui a failli le remplacer.

Le discours officiel :

Le discours de soutien à la filière demeure inchangé sur le fond. Nul doute que les entreprises du secteur (bonnes ou mauvaises) qui n’ont pas un carnet de commande suffisant pour résister aux six mois d’inactivité imposé par les mesures du gouvernement feront la part des choses entre les déclarations d’intention et la réalité. Mais la force de communication est du côté de l’armée de conseillés des ministres, relayés par nombre de journalistes courroie de transmission. Ca n’est pas un secteur de 30 000 personnes qui risque de bloquer les préfectures…

Depuis quelques mois, est venu se greffer au discours volontariste (voir le discours du président Sarkozy à l’INES, ou il a longuement parlé, la main sur le cœur de son soutien au photovoltic (sic)), un discours de plus en plus insistant sur le dévoiement de la filière, en prise aux investisseurs qui profitent de l’effet d’aubaine. Comme dit plus haut, si le problème était identifié, que n’a-t-on proposé des solutions sur l’aspect pervers du tarif d’achat favorable à tous, y compris les cousins de Madoff ? En clair, la diabolisation du secteur, avec force mensonges du genre : « l’électricité va augmenter, c’est pour financer le photovoltaïque ! » a précédé le « moratoire ».

Il y a peu, le témoignage d’un représentant de fabricant de matériel photovoltaïque français qui faisait partie de la délégation reçue au ministère en 2009 pour évaluer les perspectives de la filière de fabrication française m’a paru important. Ce que les technocrates leur ont dit ce jour là, c’est que leur but était d’empêcher que les subventions aillent dans les poches des fabricants hors CEE. Les objectifs sont ils les mêmes aujourd’hui ?

Les véritables intérêts du moratoire :

Nul doute que l’identité des experts,  leur expérience et leur culture sont déterminantes quand aux orientations de leurs travaux. De M. Poignant, auteur du rapport sur le pv français en juillet 2009, député UMP chercheur au CNRS, et plutôt objectif, à celui de M. Charpin dont les conclusions sont évidentes à la lecture de son CV (actuellement administrateur d’ERDF, et auteur d’un rapport favorable à la filière nucléaire). En clair, pour le second, c’est un peu comme si l’on avait demandé à un boucher de faire un audit sur la cuisine végétarienne…

Des faits troublants :

L’épouvantail de la puissance théorique en attente de raccordement est agité comme une remise en question du soutien à la filière. Or, sur les 4 GW de puissance «  dans les tuyaux », 70% est entre les mains d’entreprises d’état, au premier rang desquelles EDF énergie nouvelle. Alors que la ministre de tutelle Nathalie Kosusko-Morizet déclare que le bilan carbone des modules chinois est mauvais, quelle est la nationalité du matériel que compte poser la filiale d’EDF ? Suntec (1er fabricant chinois et  mondial  ou First Solar. Pour cette dernière marque, le CIGS, technique de fabrication polluante et source de recyclage dangereux a échappé à l’acuité du ministre, et vient d’être rayé de la liste des matières dangereuses).

Petite anecdote sur les efforts de communication qui sont déployés pour « vendre » un produit plutôt qu’un autre : le linky, compteur électronique intelligent coutera, s’il est généralisé trois fois plus aux abonnés que le photovoltaïque (1 euro par abonné par mois pendant dix ans, contre 4 euro par an). Il ne présente d’intérêts que dans les économies pour EDF. Et sa promotion fait apparaître des économies pour les abonnés que les essais sur le terrain ne parviennent pas à corroborer.

Conclusion (à ce jour) :

Il n’est pas de situation on se mêlent tant de conflits d’intérêts qui amènent à une expertise objective. Les multiples casquettes des personnes en position de décider sont autant d’obstacles à des mesures impartiales et responsables qu’il faudrait prendre sans délais. Le marché photovoltaïque mondial double chaque année. Celui de la France pour 2011 (500 MW) équivaut à celui de la Belgique, à deux mois d’activité en Allemagne. Nous sommes en gare, les politiques en place font la promotion de l’omnibus, voire de la draisine, le TGV s’en va.